Rassemblement “privé” de Macron à Marseille

Ce samedi 16 avril, dans l’entre-deux tours de la présidentielle, notre cher Président qui a tant “envie d’emmerder” une partie non négligeable des Français s’est déplacé jusqu’à Marseille.

Le lieu du rassemblement était donné au Pharo, choix symbolique car le Palais du Pharo qui surplombe le Vieux-Port, fut bâtie pour l’impératrice Eugénie et est entouré de grilles que Macron a choisi d’utiliser à bon escient.

Car contrairement à ce qu’on aurait pu croire, il ne s’agissait pas d’un rassemblement — comme me le précisa un badgé “Macron avec vous” d’un ton menaçant quand il eut compris que je ne venais pas pour célébrer l’idole de la nation — mais d’une réunion publique à caractère privé”. Il m’aurait volontiers expulsée manu militari, sauf que très poliment, je lui fis remarquer que si la réunion à l’intérieur du Parc du Pharo avait été privatisée, ce n’était pas le cas du trottoir.

 

Si comme moi, vous ignorez ce concept tout macronien de réunion publique à caractère privé, vous serez heureux d’apprendre qu’en fait, les personnes désireuses de venir au rassemblement doivent se pré-inscrire en ligne. Là, elles reçoivent un “carton d’invitation” avec QR code qu’elles impriment et elles n’entrent qu’avec leur billet d’entrée (gratuit) et une pièce d’identité.

Malheureusement, j’ignorais ce détail et je suis donc naïvement venue au rassemblement “publique mais privé” comme j’aurais pu le faire à tout autre meeting politique, c’est-à-dire sans QR code, sans carton d’invitation et sans pièces d’identité. En Macronie, c’est là blasphème et ça vous vaut le Purgatoire.

Donc, j’ai erré parmi les queues qui se formaient aux différentes entrées. Ce n’était pas, honnêtement, la foule des grands jours. J’ai connu bien des manifestations plus fournies que cette ode à la gloire de Macron.

 

Mais néanmoins, je fus très troublée par l’âge des arrivants. On n’avait cessé de dire que les pro-Macron étaient en majorité des “boomers”, ceux qui avaient eu une belle vie et se souciaient comme d’une guigne de celle qu’ils allaient laisser à leurs descendants.

A Marseille, ce n’est pas le cas. L’âge moyen était plutôt jeune, avec de jeunes adultes, des parents venus avec leurs enfants, des actifs pour la plupart. Et je dois dire que ça ne me fit pas plaisir. Car les jeunes sont nés avec Internet. Contrairement à leurs grands-parents, ils sont tous sur les réseaux sociaux et ont facilement accès à l’information. J’ai un oncle qui a voté Macron, par exemple. Mais il est vieux, ne regarde que la télé, croit ce qu’on lui dit et ne sait pas se servir d’un téléphone portable. Mais les jeunes, branchés sur leur portable H24 !

Alors j’ai essayé de discuter avec les gens qui étaient là. Certains étaient plutôt ouverts, comme cet homme à qui j’ai demandé ce qui le rendait pro-Macron. C’est, me répondit-il, que Macron avait bien géré une situation difficile. Je l’ai regardé, sidérée. Je lui ai parlé des 15 000 soignants suspendus mais visiblement ça ne lui parlait pas. Alors j’ai dit : “Est-ce que vous savez que Macron va remettre en cause le droit à la propriété?”  Je lui ai parlé de ce concept britannique de dissociation entre le bâti et le foncier qui consiste à être propriétaire des murs mais locataire de l’État à vie pour la surface au sol du logement. Là, d’un coup, il a paru un peu moins pro-Macron et a promis de se renseigner.

Un jeune homme fut nettement moins conciliant. Il me dit que ce qui l’avait attiré en Macron, c’était le “ni droite ni gauche”.  A lui aussi j’ai parlé des soignants suspendus, des 17 500 lits d’hôpitaux supprimés mais il n’en avait cure, persuadé que Macron avait œuvré pour la santé générale au mieux des intérêts de la population. Il m’a ressorti tous les poncifs de Véran, le vaccin qui empêche les formes graves de contamination, le pass vaccinal qui est un excellent moyen d’endiguer l’épidémie — ce qu’une demi-heure sur son portable aurait suffi à lui en démontrer l’inanité.

Je me suis rendue compte qu’en fait, ces jeunes ne savaient rien. Ils ne savaient RIEN, ni à propos de la réelle situation sanitaire du pays, ni de la dette colossale créée par Macron, ni sur la paupérisation de la France, ni même sur l’apartheid dont ils avaient été témoins. Ce fut un choc pour moi, ainsi qu’un instant de grande solitude.

Redescendue sur le Vieux-Port, je vis quelques fidèles GJ, habitués des manifs du samedi. Et là, cacophonie entre ceux qui appelaient au boycott des élections, ceux qui se ralliaient avec difficulté à Marine Le Pen pour contrer Macron et ceux qui voulaient voter blanc. Avec la CGT au milieu qui n’avait rien à envier aux badgés “Macron avec vous”.

Ce qu’il y a de bien en France, c’est que nous allons droit dans le mur mais on y va gaillardement, absolument inconscients des réels enjeux.

Le Titanic à J-8.

Laurence Esbuiée, le 16 avril 2022

 

 

Un commentaire

  1. Incroyable mais vrai, moi même on m’a empêche de prendre des photos de différents slogans qui ne plaisaient pas à des représentants CGT (pro macron). Ils se mettaient devant le panneau afin qu’on ne puise pas le lire. Bref les syndicats à fond toute pour les nantis

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *