Shaïna ou l’absence de justice

Photo prise à Marseille

Jean de la Fontaine écrivait déjà au 17e siècle que ” Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir.

On pourrait croire que près de 4 siècles plus tard, la donne aurait été changée. Elle prend aujourd’hui une nuance plus subtile. Il ne suffit pas d’être comte ou duc, courtisane ou baronne pour échapper aux rigueurs de la loi.

Aujourd’hui, deux classes d’individus échappent à tout rappel à la loi, quelle que soit la gravité des faits : les LREM dont la liste (non exhaustive, hélas) peut se trouver ici  et celle de la racaille à qui tout est pardonné, y compris le viol collectif de fillettes, comme le prouve encore le procès de la mort atroce de la jeune Shaïna.

Ces jours-ci a eu lieu le procès de 4 violeurs à huis clos, pour ne pas stigmatiser ces pauvres jeunes gens qui—n’ont—pas—eu—de—chance—dans—la—vie. Il faut dire qu’ils étaient mineurs à l’époque des faits et que si c’est une circonstance atténuante, on peine à voir pourquoi ils devraient être exemptés d’un procès public maintenant qu’ils sont adultes. Car la minorité n’excuse pas tout : ils savaient exactement ce qu’ils faisaient.

Ils ont quand même fait subir à la malheureuse fillette de 13 ans, Shaïna, un viol collectif. Puis fiers de leurs prouesses, ils se sont empressés de mettre les vidéos du viol sur Internet pour la faire passer pour une fille facile. Copieusement insultée, et traitée de pute comme on s’en doute, elle passa deux années affreuses qui devaient la conduire à une mort atroce.

Il faut dire que la « justice » ne l’a pas aidée. En effet, quand Shaïna a porté plainte pour viol collectif, que ce soit le médecin ou la policière, aucun n’ajouta foi à ses dires : elle était en état de choc et en France, une fillette en état de choc n’a droit à aucune attention particulière.

Sa sidération est considérée comme preuve de duplicité ou de mensonge et l’on classe l’affaire d’autant plus facilement que la fillette n’a pas les appuis nécessaires pour faire entendre sa voix, et que les caïds des cités ont a priori toute latitude pour commettre à peu près tous les crimes en toute impunité. Et ils ne s’en sont pas privés : la violence contre la pauvre gamine a redoublé du fait qu’elle avait porté plainte. Dans les cités, il ne fait pas bon de porter plainte contre ces pauvres jeunes discriminés, qu’ils soient violeurs ou meurtriers.

Car c’est ainsi que s’est achevée l’existence de la malheureuse Shaïna deux ans plus tard : elle fut brûlée vive par celui qui prétendait l’aimer. Le fait de l’avoir mise enceinte fut dans l’esprit de « l’amoureux » une circonstance aggravante : il ne tenait pas à être reconnu le père d’un “fils de pute”.

Or, que constate-t-on au sujet des violeurs ?

De « viol en réunion » la plainte a été rétrogradée en « agression sexuelle et violences en réunion ». On admirera la subtile différence : Une agression sexuelle est définie par des caresses ou des attouchements sans consentement alors que le viol est une «pénétration vaginale, anale ou buccale exercée sous la contrainte ».

Deux choses interpellent :

  1. Pourquoi cette rétrogradation dans la plainte ? Les faits sont pourtant bien documentés, grâce aux violeurs eux-mêmes qui ont pris soin de filmer toute la scène laquelle s’est retrouvée sur Internet. Apparemment pour une raison toute simple : la parole et la jeunesse des prévenus. Les prévenus « ont redit que c’est Shaïna qui voulait forcer son petit ami à un rapport sexuel et que son petit ami l’a filmée pour la dissuader ». Comment peut-on croire à une excuse aussi bidon ? Comment peut-on accréditer une énormité pareille ?

    Rappelons les faits : le petit ami en question, rencontré sur Snapchat, force Shaïna à se déshabiller. Il prend une photo d’elle dénudée. Par chantage, la gamine est ensuite induite par le même Djibril à se rendre dans une clinique désaffectée où elle est violée à la fois par Djibril et ses 2 copains mais c’est elle qui voulait un rapport sexuel ? Comment les dires de ces jeunes sauvages ont-ils pu primer sur la vidéo du viol, retrouvée sur le portable de Djibril ?

  2. Normalement les peines en cas d’agression sexuelle sont passibles de 5 ans d’emprisonnement et de 7 ans sur un mineur de moins de 15 ans, voire une peine plus lourde si le violeur possède une autorité sur la victime, ici une photo compromettante d’elle que son « petit ami » avait prise au préalable. Or de quoi écope les jeunes ? Entre 9 mois et 1 an de prison ferme.

Rappelons ce que veut dire « bracelet électronique » : c’est effectuer la peine chez soi et avoir des « permissions de sortie » où le bracelet électronique est désactivé. On se souvient que c’est ainsi que le père Hamel perdit la vie en son église : Adel Kermiche, sous bracelet électronique, avait tout bonnement eu une permission de sortie pour accomplir son crime.

Ce que la justice a rendu comme verdict, c’est un permis de violer en toute impunité. Si vous êtes capable entre 14 et 17 ans de commettre un viol en réunion, et que la seule peine à laquelle vous soyez soumis, c’est une tape sur la main, une voie royale vers une vie criminelle s’offre à vous. Ces jeunes ne vont pas s’amender, ce serait faiblesse que de le croire. La preuve : aucun n’a fait preuve du moindre remords.

A quelle peine a été condamnée la victime ?

Viol en réunion, atteinte à son droit à l’image, insultes du voisinage, absence totale d’écoute de la part des autorités et au final un autodafé sur la place publique : poignardée par le 5e jeune homme de cette histoire, quelqu’un en qui elle avait toute confiance et dont elle attendait un enfant, elle fut ensuite aspergée d’essence et brûlée vive. Elle avait tout juste 15 ans.

Gageons que le meurtrier – lequel a pourtant prémédité son crime – ne recevra du fait de son âge qu’une peine minime. Car aujourd’hui la « justice » n’en a plus que le nom.

Si l’on prend en compte que la justice est un principe moral de la vie sociale fondé sur la reconnaissance et le respect des droits des autres, on ne peut que constater que le droit des jeunes à violenter une gamine, la menacer, la tabasser, la violer collectivement et à faire de sa vie un enfer, voire même de la brûler vive, est nettement plus prégnant que celui de cette même gamine à ne pas être soumis à ces tortures et cette fin barbares.

Après tout, cela doit-il nous étonner quand on sait que Kobili Traoré fut jugé pénalement irresponsable par la cour d’appel de Paris pour le meurtre de Sarah Halimi  ? Ou que le clan des barbares s’est retrouvé à Bobigny ?

A trop vouloir comprendre et pardonner, on finit par tout cautionner.

                                    Laurence Esbuiée, le 2 février 2022

 

Un commentaire

  1. Triste monde où la justice semble être plus cool avec les jugés qu’avec les victimes. C’est un constat. Triste monde où on est plus sévère si on vole pour se nourrir que pour des violences physiques et morales sur viol. C’est un constat. Combien de victimes de viol n’osent porter plainte en voyant cette justice ?

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